Tunisie - Julien Clerc est de retour. Non pas qu’il soit vraiment parti un jour, mais la dernière fois qu’il fut question de l’écouter était en 2003 pour la sortie de « Studio » l’album qui revisitait avec grâce et subtilité le répertoire des chansons jazz américaines. Il sera parmi nous le 31 juillet prochain, dans le cadre du Festival de Carthage...
Avec « Double enfance », disque court, concis et d’une unité remarquable, Julien Clerc retrouve la veine de ce qui fit la légende de ses plus grandes chansons. On le sent bien, Julien Clerc renoue avec une certaine liberté, un souffle de composition évident et un véritable plaisir de créer. Comment toujours réinventer, plus de trente ans après, des débuts qui furent fulgurants et flamboyants ?
Bien sûr, Julien Clerc s’est toujours astreint à entretenir avec son piano une relation de compagnonnage intime et régulière. Mais la découverte d’un nouveau clavier Yamaha, capable de programmer plus de deux cent rythmiques, lui offre alors une sorte de virginité dans son travail de compositeur. Jubilation et légèreté se conjuguent soudain dans la création avec un « chant des possibles » tout à fait ouvert qui facilite aussi la collaboration avec Eric Benzi, réalisateur complice de Jean-Jacques Goldman depuis longtemps.
Rencontre du troisième type ? Loin s’en faut lorsqu’on connaît les envies concertées des deux hommes. Eric Benzi, profondément musicien, aime depuis toujours déceler le potentiel d’une chanson naissante. Julien Clerc, viscéralement en mouvement, cherche toujours à être étonné par ses propres chansons qu’il livre à l’état de maquettes. L’alliance va donc se nommer harmonie entre ces deux hommes qui savent le prix des angoisses de l’enregistrement. Malin, Eric Benzi sollicite Julien Clerc afin qu’il joue lui-même ses chansons au piano en studio. Enregistrement maison à Sceaux dans un studio planqué au fond du jardin d’Eric Benzi. Julien Clerc est à l’aise. Il ne sent pas l’ego pesant du producteur qui se respecte. La théâtralisation de la séance de voix est jetée au rayon des accessoires. Julien chante, Eric réalise.
Julien Clerc profite d’un état de félicité amoureuse. Les chansons, c’est bien connu, aiment parler d’amour. Carla Bruni décrypte ce sentiment éternel en toute liberté. « Une vie de rien ». Pour cette chanson écrite à la dernière minute, la plume de Carla trouve ainsi les mots aiguisés pour dire la puissance du sentiment amoureux face aux exigences naturelles de la vie et de la destinée. Là aussi est la grande nouveauté de cet album. Julien Clerc sent le besoin que l’on écoute aussi ses préoccupations d’homme. Pour la première fois, il commande ses propres thèmes d’inspiration à ses auteurs. Voici donc un disque plein, presque autobiographique, entre introspection et sens de l’évasion.
De fait l’enfance de Julien Clerc partagée entre Bourg la Reine et Paris après le divorce de ses parents a toujours signifié pour lui double enfance. Double enfance, un père, une mère, deux univers socialement différents. Maxime Le Forestier, au meilleur de son inspiration, écrit une chanson juste et personnelle qui devient tout à coup universelle. « Double enfance » (écouter un extrait ci-dessous) sera le premier single extrait de l’album (24 août). Le lien de Julien Clerc à ces mots qui ne sont jamais les siens mais qui le deviennent est exceptionnel parce que transcendés par une collaboration avec des auteurs fidèles et des nouveaux venus.
Ainsi, Cécile Delalandre qui signe deux chansons au style épique et pictural « Rio Negro » et « Marie Louise ». Deux textes que Julien Clerc a mis en musique après les avoir reçu par courrier. Ou encore avec Gérard Duguet Grasser qui offre un texte singulier, « Place Clichy », sorte de petit scénario de court métrage cinématographique qui sort de l’inspiration habituelle.
Et puis il y a les fidèles. Jean-Loup Dabadie est une fois de plus l’homme talentueux pour trouver les mots qui vont si bien ensemble. « Quel jeu elle joue » pour croquer le portrait d’une jeune fille d’aujourd’hui. Carla Bruni poursuit sa quête d’elle-même à travers les musiques de Julien. « Rester » taquine le thème de la postérité et « Docteur » celui de l’addiction sentimentale vécue comme une pathologie souriante.
Comment intituler son nouvel album « Double enfance » sans revenir précisément à l’enfance de l’art, celle où Julien Clerc drainait dans son sillage le fameux « Club des patineurs » présidé par l’éternel retardataire de la Closerie des Lilas ?
Etienne Roda Gil signe deux textes. « Réfugié », un des textes que lui a commandé Julien et qu’il a écrit avec une émotion sans pathos avec sa sensibilité de réfugié. « Donne moi de tes nouvelles », pure ballade Roda Gilienne où il est question de creuser encore et toujours le sillon de l’impossible absence, thème fondateur de celui qui est parti depuis s’attabler au bistrot préféré des poètes disparus… La boucle semble bouclée pour le tandem le plus ardent de la chanson hexagonale. Etienne Roda Gil désormais au paradis de l’âme des poètes, Julien Clerc retrouvera lui le panthéon de l’histoire du music hall français en foulant à nouveau la scène de l’Olympia du 24 janvier au 4 février 2006.
Fort d’une expérience redoutable et en même temps fébrile comme un artiste conscient de la beauté des recommencements. Comme si à nouveau Julien Clerc débutait avec la grâce supplémentaire de celui qui s’émerveille encore devant la beauté du mythe de la sirène. « Ma sirène » autre texte de Maxime Le Forestier ferme ce disque et ouvre les portes closes d’un futur réjouissant.
Concert organisé dans le cadre du Festival de Carthage.
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Spectacle organisé par Scoop Organisation